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Marie-Christine Aubin, Ph.D. Les cours à distance au Collège universitaire de Saint-Boniface Le Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) offre des cours par Internet depuis deux ou trois ans. Les premiers cours développés furent des cours de base en psychologie, suivis d'un certificat en traduction. En septembre 1999, se sont ajoutés une maîtrise en études canadiennes et un cours de biologie. Pour l'an prochain, on prévoit offrir d'autres cours en biologie, en français, et un cours de maîtrise portant sur la francophonie internationale. À cela s'ajoutent des émissions radiophoniques développées en collaboration avec Radio-Canada et intégrées à la Maîtrise en études canadiennes. Finalement, des projets de cours par vidéoconférences sont actuellement en voie de réalisation. La première étape du développement d'un cours à distance consiste en l'analyse du projet lui-même, de sa faisabilité technique, des besoins en ressources diverses. Le rôle du Service des communications par Internet du CUSB est de coordonner l'ensemble de la production technique, de former le personnel, de superviser la conception graphique, de mettre en place les forums, etc. Ce service sert donc en fait de liaison avec les services informatiques et de support en cours de projet. Le certificat en traduction anglais-français/français-anglais par Internet Introduction Le certificat de traduction anglais-français/français-anglais par Internet comprend 30 crédits, soit 10 cours de 3 crédits. Cinq cours ont déjà été enseignés, dont trois deux fois. Six cours sont terminés, un septième est en préparation et sera offert au printemps. Les trois derniers sont planifiés pour l'année universitaire 2000-2001. Pour cette présentation, j'ai suivi très exactement les points que vous nous avez suggérés et je traiterai donc, aussi succinctement que possible et dans cet ordre, la conception des cours, le choix des médias, les réactions des étudiants face à un cours par Internet, les développements futurs prévus, et les avantages et limites d'Internet. Conception des cours L'enseignement de la traduction requiert un échange constant entre le professeur et les étudiants et entre les étudiants d'un même cours. En effet, la technique du " remue-méninges " (pour trouver le meilleur mot, la meilleure expression, la formulation la plus précise et la plus juste) est chose courante dans nos salles de classe. Il était donc impératif de trouver un moyen de transposer la salle de classe et l'interaction qui y existe. Ce moyen, je l'ai identifié comme étant un forum de discussion. Une fois installé, le forum devait permettre à chacun de partager questions, remarques, suggestions concernant les lectures, les exercices et les diverses activités proposées dans les modules des cours. Chaque cours (à l'exception du Mémoire de traduction qui est un travail individuel) a donc été conçu autour de l'utilisation de ce lieu de partage. Le deuxième point essentiel à la conception de cours devant s'offrir par Internet, c'est l'organisation. Il est plus important pour ce type de cours que pour des cours offerts en classe (et je crois que les cours par Internet partagent ceci avec les cours par correspondance) d'équilibrer les modules sur une base, par exemple, hebdomadaire, quitte, pour les chapitres les plus denses, à répartir le travail dans deux ou trois modules. Autrement dit, ça marche mieux de faire 3 modules intitulés " Méthodes de travail I, II puis III " plutôt qu'un seul gros module s'étalant sur trois semaines. Ensuite, il a semblé pratique et pédagogique de répartir les diverses activités dans des pages indépendantes. Chaque module contient donc une page " Vérifier ses connaissances " préalable à l'apprentissage, une autre " Apprendre " qui propose des lectures soit d'un manuel soit d'un exposé disponible sur le site, une page " S'exercer " proposant des exercices pour lesquels le corrigé est accessible sur le site, etc. La page la plus novatrice est probablement celle que j'ai appelée " Observer " qui propose aux étudiants de se rendre sur des sites pertinents pour les langagiers : dictionnaires en ligne, banques terminologiques, mais aussi associations de traducteurs ou de terminologues, sites où l'on peut essayer des logiciels de traduction automatique, des vérificateurs d'orthographe, etc. ou bien des moteurs de recherche grâce auxquels on peut faire de la recherche documentaire. Ce guidage des étudiants dans l'utilisation des ressources disponibles sur Internet me paraît tout à fait essentiel à la formation des traducteurs d'aujourd'hui et plus facile à réaliser au moyen d'un cours par Internet que dans un cours en classe. Les cours durent 15 semaines. La flexibilité qu'ils offrent se situe au niveau des jours et des horaires où les étudiants travaillent (les nocturnes travaillent la nuit et les diurnes le jour), mais non dans la date du début ou de la fin du cours ni au niveau des dates de devoirs. Ces dates sont fixes, tout comme le traducteur qui reçoit, avec son contrat de traduction, une date à laquelle le travail doit être terminé. Les étudiants doivent donc apprendre à s'organiser de façon à respecter des échéances. Voilà les grandes lignes de la conception de ces cours et je passe maintenant au choix des médias. Choix des médias C'est l'observation de l'évolution de la profession de traducteur qui m'a fait choisir Internet comme médium privilégié de l'enseignement de la traduction à distance. J'avais d'abord envisagé des cours par correspondance, avec une composante d'audioconférences. Je me suis détachée des deux pour les raisons suivantes : les cours par correspondance ont l'avantage de pouvoir se rendre partout ; en revanche, ils présentent le gros désavantage du délai des communications. Quant aux audioconférences, je les ai éliminées encore plus vite, dès que je me suis rendu compte des problèmes que pouvait présenter le " temps réel " dans un pays aussi étendu que le Canada, et surtout à l'échelle internationale. J'ai eu des demandes de renseignements sur le certificat qui me sont parvenues du Maroc, de la Côte d'Ivoire, du Japon, de la Corée, de l'Uruguay et d'Europe. Si des demandes d'information n'aboutissent pas nécessairement à l'inscription des étudiants (certains échouent à l'examen d'admission ; d'autres trouvent les cours trop coûteux), elles démontrent qu'il y a possibilité d'avoir des étudiants partout dans le monde. Dans ces circonstances, l'organisation d'audioconférences serait un casse-tête, et finalement un casse-tête inutile. De nos jours, on ne peut plus être traducteur sans être informatisé : Internet est devenu une source documentaire et lexicographique essentielle. Si l'on applique l'adage " c'est en forgeant qu'on devient forgeron " à la traduction, il ne fait aucun doute que seul un cours par Internet pouvait, au moyen de pages conçues spécialement à cette fin mais aussi par l'utilisation de ces outils à l'occasion de travaux divers, permettre aux étudiants de se familiariser avec les outils et les ressources disponibles en ligne. Réaction des étudiants La réaction des étudiants qui découvrent une possibilité de formation universitaire n'exigeant pas d'eux un déménagement ou l'abandon de leur travail est toujours positive. Je conserve précieusement toutes ces lettres où l'on me dit combien l'idée d'offrir une formation complète à un métier de plus en plus en demande est bonne. Je les conserve précieusement car elles m'encouragent lorsque l'ampleur de l'entreprise m'effraie un peu. Une fois inscrits, mais avant de commencer, les étudiants commencent à se poser des questions. Il faut dire qu'ils viennent de partout au Canada ou des États-Unis, et nous aurons même une étudiante en Uruguay au printemps prochain. Les questions portent essentiellement sur l'utilisation des nouvelles technologies. Tandis que certains connaissent déjà bien les outils informatiques de base, Internet et le courrier électronique, d'autres n'en savent à peu près rien. Ceux-là demandent beaucoup d'attention pendant les premières semaines et beaucoup d'encouragement. Ils savent généralement envoyer un courriel, mais il faut parfois leur dire le b-a ba de l'utilisation d'Internet, par exemple : les mots soulignés sont des liens, cliquez à tel endroit pour atteindre telle page. Mon premier courriel aux étudiants est une description complète, étape par étape, de la façon d'accéder au site du cours, puis au forum, et de faire des signets. Ensuite, il faut leur apprendre à annexer un devoir au courriel, à ouvrir un document annexé, etc. Même chose pour l'utilisation du forum : certains ont besoin de se faire dire où ils doivent écrire leur nom, leur message, etc. Après un mois ou deux, tout est en place et les étudiants sont assez sûrs d'eux pour envisager n'importe quel autre cours l'esprit léger. Parmi les autres réactions des étudiants, il faut citer (cela revient constamment) l'intérêt de pouvoir suivre un programme entier (et non simplement un cours) dans un domaine particulier. Ils apprécient de pouvoir recevoir une formation universitaire et professionnelle sans avoir à modifier leur style de vie ni à prévoir la garde des enfants. Une étudiante m'a écrit : " C'est vraiment la meilleure façon de poursuivre des études quand on travaille à plein temps ". Celle-ci en est au cinquième cours du programme. Bref, les évaluations des cours offerts jusque-là ont été excellentes et le degré de satisfaction des étudiants est de toute évidence très élevé. Ceci m'encourage à persévérer dans cette voie qui me paraît être celle de l'avenir. Développements futurs prévus Avant d'aborder la question des développements futurs, j'aimerais souligner que le certificat de traduction anglais-français/français-anglais par Internet est un programme indépendant qui forme un tout et peut s'ajouter à une première spécialisation, en sciences sociales, en droit, en sciences ou dans bien d'autres domaines. Au CUSB, le certificat avait été créé à l'intention de ces personnes qui avaient déjà un domaine de spécialisation et voulaient acquérir des connaissances en traduction seulement. C'est à partir des cours du Baccalauréat spécialisé jugés indispensables à une formation professionnelle sérieuse en traduction que le premier certificat a vu le jour en 1984. Le certificat de traduction par Internet est parfaitement conforme à celui qui s'offre en classe, seul le médium change. Depuis un an, le RUFHQ appuie un projet de baccalauréat spécialisé en traduction offert par Internet, dont notre certificat fera partie intégrante. Des professeurs de Glendon, Moncton, Ottawa et Saint-Boniface ont déjà tracé les grandes lignes de ce baccalauréat qui aura toute une composante de traduction de l'espagnol. Pour que ce projet aboutisse, il faut aussi que nous disposions d'assez de cours de première année (le CUSB offre déjà 6 crédits de psychologie, 3 crédits de biologie et bientôt un cours de géographie, mais nous devrons faire l'inventaire des cours disponibles à ce niveau ailleurs). Il faudrait des cours de français et d'anglais, notamment de rédaction, et toute une gamme de cours d'espagnol, de la formation initiale jusqu'à la compétence professionnelle. Ce sera un nouveau programme, offert conjointement par plusieurs universités, faisant appel aux trois langues, chacun de ces points représentant en lui-même un nouveau défi. Il y a donc bien des développements prévus à ce certificat, mais ils prendront sûrement plusieurs années à se réaliser. Avantages et limites d'Internet Pour conclure sur les avantages et les limites d'Internet, je dirai que, selon moi, les seules limites de cet enseignement se trouvent dans l'investissement informatique obligatoire de l'étudiant qui entraîne la difficulté probable de rejoindre des étudiants potentiels dans certaines parties du monde. Pour la formation au métier de traducteur tel qu'il se pratique de nos jours, il n'y a en revanche que des avantages à l'utilisation d'Internet. En effet, les étudiants se trouvent immédiatement plongés dans le milieu qui sera le leur en pratique professionnelle. Ils seront ainsi mieux formés que s'ils avaient suivi les mêmes cours, en classe uniquement, et plus à même d'affronter la concurrence à l'échelle internationale. Finalement, pour ne pas désavantager les étudiants qui suivent les cours en classe, nous avons regroupé, pour certains cours, les étudiants à l'interne avec ceux qui prennent tout le programme par Internet. Nous assurons ainsi aux deux catégories d'étudiants une formation informatique parallèle à la formation en traduction, et nous leur offrons à tous de se découvrir et de créer un réseau d'intérêt qui pourrait bien devenir un réseau professionnel. Selon le rapport d'Industrie Canada publié en septembre 1999 sur l'industrie canadienne de la traduction, de tels réseaux sont en effet indispensables pour que cette industrie prenne la part qui lui revient à l'échelle internationale.
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